Titulaire : Docteur Patrick Parenti
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Mise en place de l'allaitement: comment réussir au mieux ?

Mise en place de l'allaitement: comment réussir au mieux ?

Un lait vraiment “sur mesure”

Le lait maternel apporte tout ce qu’il faut à l’enfant pour l’aider à se construire et le protéger contre les maladies.
Sa composition est très particulière. Il contient des protéines, dont les justes teneurs conviennent parfaitement à l’organisme du nouveau-né : des acides aminés et de bons acides gras insaturés. Son sucrage en lactose est adapté aux besoins du cerveau. Enfin, son stock d’hormones et d’enzymes correspond exactement à ce qu’il faut pour élaborer la matière vivante.

Le lait maternel évolue constamment au gré des besoins du nourrisson. Au fil des mois, mais aussi d’une tétée à l’autre et au cours d’une même tétée.
Ainsi, du 1er au 15e jour, apparaît le colostrum, un liquide jaunâtre, épais, très nourrissant et très facile à digérer. Laxatif, il permet au nouveau-né d’éliminer le méconium (les premières selles).

 
 

Du 5e au 15e jour, il laisse place, progressivement, à un lait de transition (fluide et orangé) qui gagne chaque jour en matières grasses et en sucres, jusqu’à atteindre sa composition de lait mature (bleuté et translucide). Lorsque le bébé a surtout soif, il trouve, en début de tétée, une boisson équilibrée et désaltérante. S’il a faim, il lui suffit de continuer à téter pour déclencher la fabrication d’un lait plus riche en lipides, plus nourrissant.

C’est la meilleure défense contre les infections. Dès les cinq premiers jours, le colostrum “dope” le nouveau-né en protéines hautement protectrices, dites immunoglobulines (IgA, IgM, IgE, produites par une catégorie de globules blancs). Ces anticorps et globules blancs s’unissent pour protéger le tube digestif et les voies respiratoires du bébé contre les agressions microbiennes. Les “IgA sécrétoires”, en particulier, sont autant d’anticorps spécifiques qui neutralisent les bactéries et virus rencontrés par la maman et donc par son bébé. Ils s’adaptent continuellement au milieu bactérien et viral de la mère et à celui de son enfant.

Une mise au sein précoce

Le nouveau-né doit téter le plus rapidement possible et donc être mis au sein alors que la maman est encore en salle de naissance.

C’est dans les heures qui suivent la naissance que le réflexe de succion est le plus intense. Après la 6e heure, ce réflexe diminue progressivement pour ne réapparaître que deux jours plus tard. Pendant ce laps de temps, les mises au sein seront beaucoup plus difficiles, tant pour la mère que pour l’enfant.

L’idéal est de poser le bébé juste né sur le ventre de sa maman après l’avoir couvert pour qu’il n’ait pas froid. Il va ramper vers le sein, guidé par son odeur, et pouvoir téter ou, du moins, avoir un premier contact peau à peau avec sa maman. Même si vous n’avez pas choisi d’allaiter, rien ne vous empêche de mettre votre enfant au sein pour cette première tétée après l’accouchement. Il n’en retirera que du profit et vous pourrez lui donner ensuite le biberon.

La mise au sein précoce favorise la montée laiteuse. La succion du mamelon par l’enfant déclenche le réflexe hypothalamo-hypophysaire qui régit la fabrication et l’éjection du lait. Plus la mise au sein est précoce, plus vite la mère aura du lait et mieux les choses se passeront. C’est entre le 3e et le 6e jour après l’accouchement que la sécrétion lactée se met en place.

Elle a également un effet sur la délivrance. L’ocytocine, l’hormone de l’excrétion du lait, favorise les contractions utérines. Si l’enfant est mis au sein dès sa naissance, la succion aide alors à l’élimination du placenta.

De bonnes conditions pour réussir l'allaitement

Ne nettoyez vos seins qu’en cas d’écoulement de lait et utilisez un coton hydrophile imbibé d’eau. Ni savon ni produit susceptible de masquer l’odeur naturelle du sein qui rassure l’enfant, le guide vers le mamelon et facilite l’allaitement.

Installez-vous le plus confortablement possible dans votre lit ou un fauteuil. Pour allaiter, il faut se sentir bien.

En position assise : Asseyez-vous au fond de votre siège et appuyez-vous sur l’accoudoir, ou posez votre coude sur un coussin. Quelle que soit la position, vous ne devez pas avoir à supporter le poids de votre bébé pendant toute la tétée.
Il doit être suffisamment haut pour se retrouver exactement face au sein. S’il est trop bas, posez un coussin ou un oreiller sur vos genoux et installez-le dessus. Sa tête doit être bien calée pour ne pas fatiguer les muscles de son cou. Vous devez l’approcher de vous, et non le contraire, afin de ménager votre dos et vos seins. Positionnez-le face au sein, tête et corps contre vous.

En position allongée : Idéal quand on est fatiguée, le jour ou la nuit, mais aussi après une césarienne. Allongez-vous sur le côté, les jambes pliées, le plus détendue possible.
Installez la tête et le corps de votre bébé face à vous. Pour lui donner un maximum de confort et bien le caler dans cette position, mettez un oreiller dans son dos. Approchez-le suffisamment pour ne pas être obligée de pousser la poitrine en avant.

En position traditionnelle (dite “en berceuse”), votre bébé doit être face à votre corps, le ventre et le nombril appuyés sur vous, le visage face au sein, avec le menton collé dessus. S’il est bien positionné, sa bouche se placera d’elle-même correctement. Il faut qu’elle entoure bien le mamelon. Pour qu’il puisse déglutir sans être gêné, sa bouche doit être dans l’axe du jet. S’il est obligé de tourner la tête, ce sera très inconfortable, sans compter le risque important de fausse route alimentaire.

Ne pincez pas l’aréole pour dégager son nez. Soyez sans crainte, même s’il l’enfouit dans votre sein, il ne peut en aucun cas s’étouffer.

Laissez-le téter à satiété. Nous l’avons vu plus haut, la composition du lait maternel change au cours de la tétée. Pour qu’il ait un repas complet, celle-ci ne doit donc pas être trop brève. Mais pas trop longue non plus : ne le laissez pas plus d’une demi-heure au sein.

Un allaitement à la demande

Il n’existe aucune règle quant à la fréquence des tétées. Lorsque le bébé est né à terme, sans problème de santé ni de poids, il faut lui donner le sein dès qu’il en manifeste le désir et le laisser s’arrêter quand il en a envie.

Dans les 72 heures qui suivent sa naissancele mettre au sein l’apaise, lui permet de se réhydrater et de prendre des forces. Par ailleurs, la stimulation répétée des mamelons favorise la montée laiteuse.

À partir du 4e jour, le nombre et la durée des tétées varient selon les enfants et d’un jour à l’autre, en fonction de leurs besoins. Cependant, pour que tout se passe bien, vous devrez pouvoir vous séparer de temps en temps de votre bébé. Allaiter “à la demande“ ne veut pas dire “en permanence“.

Vous n’êtes pas sûre qu’il mange assez ? C’est normal de se poser la question. Les premiers jours de l’allaitement, ce temps d’attente se prolonge parfois un peu trop longtemps à son gré et il s’énerve. Inutile pourtant de le peser avant et après chaque tétée, cela deviendrait vite un sujet de stress.

Dans votre corps, des signes indiquent que tout se passe bien. Ainsi, une tétée “efficace“ provoque des sensations de chaleur, de picotements et de tension dans le sein sollicité, tandis que l’autre sein coule un peu. Vous ressentez également des contractions utérines.

Pour vous rassurer, observez votre enfant. C’est son comportement qui vous prouvera qu’il “prend“ bien :
- un bébé qui boit déglutit. Tant qu’il y a déglutition, il y a repas.
- Il dort bien et ne pleure pas tout le temps. Si votre bébé se porte bien, s’il est éveillé et qu’il ne maigrit pas, pas d’inquiétude : il est rassasié !
- Il mouille ses couches.
En revanche, à part dans les premiers temps où il a une selle après chaque tétée, pas d’inquiétude s’il n’en a pas tous les jours. Avec le lait maternel, deux ou trois jours sans selles ne signifient pas que l’enfant est malade.

La lactation, un mécanisme fragile

La lactation est particulièrement soumise aux émotions de toute nature. En effet, l’hypothalamus, la glande qui commande la production des hormones indispensables à la fabrication du lait, se trouve dans la même région du cerveau que le système limbique, siège de l’affectivité. Si la maman et le bébé sont nerveux, mal à l’aise, la réussite de l’allaitement sera compromise.

Pour qu’ils puissent s’épanouir, il faut respecter certaines règles :
- permettre à la mère et à son enfant de rester ensemble. Dans certaines maternités, on les sépare pour la nuit. On peut compromettre ainsi la réussite de la mise au sein. Il faut les laisser faire connaissance.
- mettre en place de bonnes conditions d’allaitement. A la maternité, la mère et l’enfant sont souvent fatigués et énervés, particulièrement en fin de journée, après les visites, alors qu’ils auraient besoin de calme et de tranquillité pour se retrouver.

A la maison, on n’a pas forcément envie d’allaiter devant ses proches ou ses amis. Mais ce n’est pas toujours facile de l’exprimer. Retranchez-vous derrière les désirs de votre enfant. S’il a faim lorsque vous êtes trop entourée pour lui donner le sein en toute quiétude, expliquez simplement qu’il a besoin de se sentir seul avec vous pour que tout se déroule bien. Demandez à vos amis de quitter la pièce quelques instants.
Vous êtes chez eux ? Ils comprendront parfaitement que vous ayez besoin de vous isoler le temps de la tétée.

Savoir réagir en cas de complication

Dans les premiers jours qui suivent l’accouchement, les seins sont gonflés et tendus. Cela correspond à une augmentation de l’afflux de sang et non pas, comme on pourrait le croire, à des seins débordant de lait. Pour les soulager, il ne sert à rien de les presser ou de les masser. Le meilleur remède consiste simplement à faire téter le nouveau-né aussi souvent que possible.

Il faut apprendre à faire la différence entre les deux. La sensibilité est normale et disparaît en principe rapidement. Quant à la douleur, elle est généralement provoquée par une mauvaise position de l’enfant pendant la tétée. Si elle persiste une fois la position rectifiée, n’hésitez pas à demander conseil à l’équipe soignante. Le but : éviter que la douleur ne se transforme en un problème plus important. Au démarrage de l’allaitement, les seins sont souvent sensibles ou douloureux.

Les crevasses sont des petites fissures douloureuses qui apparaissent au niveau des mamelons. Si elles surviennent, il faut intervenir sur plusieurs plans :
- Mieux positionner son bébé.
- Après la tétée, bien désinfecter le sein et appliquer une crème spécifique, hypoallergénique. 
On peut aussi étaler quelques gouttes de lait sur les mamelons.
- Utiliser des bouts de sein en silicone.

En cas d’engorgement, le sein gonfle de façon brutale, rougit, devient douloureux. La jeune maman peut avoir de la fièvre mais ce n’est pas systématique. Il est provoqué par une production de lait anarchique et un œdème de la glande mammaire, c’est-à-dire que les tissus sont infiltrés de liquide qu’il importe d’évacuer. On peut continuer d’allaiter mais cela risque d’être douloureux.
Pour favoriser la disparition de l’œdème et faciliter l’éjection du lait, ne pas hésiter à se masser délicatement le sein et les mamelons. L’idéal, c’est de le faire sous une douche chaude, qui soulagera un peu la douleur, et de vider les seins manuellement.

La lymphangite est une inflammation consécutive à un engorgement mal soigné. Le sein se couvre alors de traînées rouges et devient encore plus douloureux. La température du corps s’élève. Il faut traiter vite pour prévenir l’infection. Multipliez le nombre des tétées. Donnez d’abord à téter le sein enflammé pour le désengorger le plus rapidement possible. On soulage la lymphangite à l’aide de massages, de pommades anti-inflammatoires et de cataplasmes, chauds ou froids selon sa préférence. Si ces mesures restent sans effet, ne pas hésiter à consulter le médecin dans les 48 heures.

Des petits problèmes de “production” de lait

Il peut arriver que la production de lait ne soit pas en phase avec les besoins du nouveau-né.

Si vous avez trop de lait, vos seins sont enflés, un peu douloureux. Pour les soulager, il faut tirer votre lait aussi souvent que nécessaire avec un tire-lait. Si les quantités sont minimes, vous pouvez mettre votre lait au frais ou le congeler pour préparer ensuite un biberon. En revanche, si les quantités sont très importantes, contactez le lactarium le plus proche de votre domicile. Il assurera la distribution du lait auprès des enfants qui en ont besoin.

Pour tirer son lait, il faut respecter un protocole très simple :
- Se laver soigneusement les mains et les seins à l’eau et au savon et les sécher simplement avec un mouchoir en papier.
- Stériliser le matériel utilisé et ne pas garder les coquilles recueille-lait pendant plus d’une demi- heure : en macérant, le lait serait contaminé par des bactéries, et donc totalement impropre à la tétée.
- S’installer confortablement et recueillir son lait avec un tire-lait manuel ou électrique. Les modèles électriques se louent sur prescription médicale et sont remboursés par la Sécurité sociale. On les utilise en cas de besoin régulier, si l’enfant est hospitalisé, par exemple.
Le lait peut se garder 24 heures au réfrigérateur ou plusieurs semaines au congélateur, à –18°C, et se transporter dans une glacière réfrigérée. Il se décongèle au réfrigérateur ou au bain-marie, mais jamais au micro-ondes qui détruit certains de ses constituants. Il doit alors être consommé immédiatement.


Tous ces conseils sont donnés à titre indicatif afin de vous aider à réussir votre allaitement ou simplement pour enrichir vos connaissances :) 

Page mise à jour le 24/04/2019